C’était un été où il avait cessé de pleuvoir. Les températures baissaient à peine pendant la nuit. Je faisais des rêves d’un monde souterrain éclairé par des lumières artificielle, il y faisait frais.

Chaque matin je me réveillais dans des draps trempés de sueur, le crâne sec, dans un décor familier : la moustiquaire blanche entourant mon lit, les vêtements au sol, sur chaque meuble une pile plus ou moins grande de livres gagnant chaque jour un peu plus de terrain.

Au fond du jardin le chêne d’Amérique perdait ses feuilles, racrapotées et brunes. Un soir, alors que j’espérais capter le moindre souffle, la moindre brise, je me suis arrêté face à lui. A pied nus sur la terre craquelée, encore brûlante, j’ai posé le front contre le tronc de ce vieil ami géant et immobile. De la poussière enfarinait ses racines mises à nus. Il me semblait l’entendre gémir.

J’attendais là que le soleil termine enfin sa course dans mon dos quand un oiseau est tombé sans bruit, sur le sol à côté de moi. Poids plume a trébuché. tombé d’une branche là en haut. C’est un silence qui s’est fait en moi, le même genre d’espace blanc qui s’impose avant la douleur, quand on s’est gravement blessé. La vie, vacillante mais encore en lui quelques minutes auparavant, s’était retirée. Ses yeux minuscules, grands ouverts, me fixaient et je n’y croyais pas, je refusais d’y croire. Je suis parti en courant.

On a pas le contrôle sur ce qui nous impacte, ni à quel moment le clou s’enfonce.

Mais quand le policier a serré les menottes, j’ai vu l’oiseau.

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